Droit de l'urbanisme

Permis de construire valant permis de démolir en site inscrit – Avis défavorable de l’ABF – Compétence du maire

Par un avis du 30 mars 2026, le Conseil d’État a précisé l’étendue de la compétence du maire en cas d’un avis défavorable de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) à propos d’un permis de construire ou d’aménager valant permis de démolir en site inscrit.

Pour rappel, l’article R. 425-18 du code de l’environnement subordonne la délivrance d’un permis de démolir en site inscrit à l’« accord exprès » de l’ABF, tandis que l’article R. 425-30 du même code ne prévoit, pour les permis de construire et déclarations préalables, qu’une simple « consultation » de ce dernier.

À titre liminaire, la Haute juridiction rappelle que, si le permis de construire et le permis de démolir peuvent faire l’objet d’une demande unique lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction, « ils constituent des actes distincts comportant des effets propres » de sorte que l’administration qui entend refuser l’autorisation de démolir ne peut légalement se fonder sur ce seul refus pour rejeter la demande dans son ensemble.  

En outre, dans le cas où cette demande unique est transmise pour avis à l’ABF en application des dispositions précitées du code de l’environnement, l’avis de l’ABF doit être regardé comme visant l’ensemble de l’opération, sans qu’il soit nécessaire que cet avis mentionne expressément la démolition.

Dans ce cadre, le Conseil d’État juge que :

  • un avis défavorable de l’ABF limité au projet de construction ne fait pas obstacle à la délivrance d’un permis autorisant la démolition ;
  • en revanche, un avis défavorable portant sur l’ensemble du projet ou spécifiquement sur la démolition place le maire en situation de compétence liée, l’obligeant à refuser la délivrance du permis de démolir, sans préjuger de l’examen de la demande de permis de construire.

Il s’ensuit que :

  • en cas de rejet d’une demande de permis de construire valant permis de démolir à la suite d’un refus d’accord exprès de l’ABF, les moyens dirigés contre ce refus en tant qu’il concerne la démolition sont inopérants, sauf à contester la légalité du refus d’accord exprès de l’ABF ;
  • à l’inverse, si l’autorité compétente délivre un permis de construire valant démolition sans refuser expressément la démolition malgré un refus d’accord exprès de l’ABF, elle méconnaît sa compétence liée. Dans ce cas, la décision est illégale en tant qu’elle autorise la démolition et ce vice doit être relevé d’office par le juge.

Conseil d’État, avis, 30 mars 2025, Cne de Beausoleil, n° 510664, Tab. Leb.

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